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(07/01/2026)
Le Dr Alain CALMAT (Photo), ancien champion du monde de patinage artistique a toujours prôné et encouragé le sport-santé de manière adaptée. Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et médecin, il est à l’origine d’un outil pertinent : le Médicosport-santé. Il s'agit d'un dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives. Il est destiné notamment aux fédérations sportives pour développer une offre d’activités sportives adaptées aux pathologies chroniques et aux médecins généralistes.
Alors que le sport-santé devient un levier majeur de prévention et de prise en charge, il évoque ici l’importance de la pratique du sport pour des publics fragiles souffrant de maladies respiratoires et les solutions concrètes que peuvent proposer les fédérations.
Comment est née l’idée du Médicosport-santé ?
Alain Calmat : Le point de départ était simple, répondre au besoin des fédérations sportives de développer et donc s’engager pleinement dans le sport-santé. En effet, les activités sportives adaptées et pathologies, ce n’est pas incompatible. Cependant, les fédérations manquaient d’outils pertinents, clairs pour ajuster leurs pratiques à des publics fragiles qui ont pratiqué du sport et/ou qui veulent en refaire. Au CNOSF nous avons donc conçu cet outil comme un guide de type Vidal opérationnel, fondé sur des recommandations médicales et des adaptations concrètes. L’idée étant d’offrir aux éducateurs une base fiable pour accompagner les personnes vivant avec des pathologies chroniques, qu’il s’agisse de cancer, de diabète, de maladies cardiovasculaires ou respiratoires...
Les personnes atteintes de fibrose ou d’autres maladies respiratoires subissent souvent des limitations importantes. Comment les fédérations sportives affiliées au CNOSF peuvent-elles en tenir compte ?
Alain Calmat : Les maladies respiratoires chroniques (BPCO, l’asthme, le SAOS etc.) imposent des contraintes réelles : la ventilation respiratoire, la fatigue anormale souvent insupportable, la sensation d’essoufflement rapide. Ce ne sont pas des freins psychologiques, mais hélas des limites physiologiques. On ne demande jamais à ces personnes de « se dépasser ». Au contraire, l’enjeu est de respecter leurs capacités du jour, tout en les aidant à maintenir ou retrouver une forme d’autonomie. Les activités sportives adaptées existent : marche nordique modérée, vélo à très faible résistance, natation à allure très lente, foot en marchant, tennis adapté etc. Un malade respiratoire peut être courageux motivé mais ne jamais pouvoir courir par exemple, c’est une réalité fonctionnelle à respecter.
Quelles peuvent être les recommandations données aux patients notamment quand l’oxygénothérapie nous est imposée ?
Alain Calmat : Les principes de la consultation médicale permettent d’informer et d’aider le patient. Dans le cadre des maladies respiratoires, on insistera sur le repérage des patients à risque, nécessitant des examens complémentaires ou des précautions, voire des contre-indications. Il faut bien identifier les patients dont l’état respiratoire peut être déstabilisé par les activités mal conduites en particulier le maintien de l’oxygénation. Il sera alors conseillé d’augmenter des activités quotidiennes pour lutter contre la sédentarité et intégrer des exercices ou activités sportives permettant d’améliorer (ou de maintenir) les capacités d’endurance et de résistance musculaire ou respiratoire. L’oxygénothérapie lorsqu’elle est prescrite permet de limiter la désaturation à l’effort, de réduire l’essoufflement excessif et de sécuriser l’activité. Des pratiques comme la marche adaptée, le vélo à faible intensité, certaines activités aquatiques ou le renforcement musculaire doux peuvent être poursuivies avec un matériel portable (bouteilles légères), sous réserve d’un encadrement formé et d’un suivi médical. Le message est important : être sous oxygène ne signifie pas être condamné à l’inactivité. La prescription doit être personnalisée et adaptée à chaque patient.
Nombreux sont ceux qui dénoncent l’injustice liée à l’absence de reconnaissance du handicap respiratoire dans les catégories paralympiques. Partagez-vous ce constat ?
Alain Calmat : Oui. Une insuffisance respiratoire sévère limite -parfois davantage – qu’une déficience motrice. Ce handicap n’est pas visible mais il est majeur. Ne pas le reconnaître dans la classification paralympique revient à priver des milliers de personnes d’un cadre où elles pourraient concourir équitablement. C’est une forme d’injustice, car leur limitation fonctionnelle est réelle, mesurable, et profondément invalidante. Il serait temps d’ouvrir ce débat au niveau international. Le mouvement paralympique a évolué, mais il présente encore des angles morts, dont le handicap respiratoire fait partie. Dans ce contexte, le Médicosport-santé remet chaque personne au centre en définissant ce qui est faisable, ce qui doit être adapté et ce qui doit être évité. Les éducateurs savent ainsi accueillir ces pratiquants qui se sentent enfin légitimes. Le sport peut devenir un espace de dignité retrouvée, pas un lieu d’exclusion. C’est cette vision inclusive que nous devons porter.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’activités sportives adaptées ?
Alain Calmat : Avec une pathologie respiratoire chronique, selon ses envies, ses capacités et sa motivation, les patients peuvent pratiquer du foot en marchant (Walking Football) formidable pour travailler mobilité, coordination et lien social : passes courtes en binôme, conduite de balle lente, petits slaloms en surveillant néanmoins la saturation. On peut aussi reprendre le tennis en le pratiquant lentement (Soft Tennis) balle plus lente, échanges courts, déplacements limités, demi-terrain ou terrain réduit etc.
En conclusion, quel message adressez-vous aux associations de malades ?
Alain Calmat : Il est important de développer le sport-santé en lien avec les fédérations qui doivent poursuivre leur participation pour un sport accessible adapté et véritablement inclusif. Le Médicosport-santé marque une avancée majeure, mais beaucoup reste à faire notamment dans la reconnaissance des handicaps invisibles comme les pathologies respiratoires. L’objectif est de redonner à chacun la possibilité de bouger, de respirer mieux…et surtout de vivre pleinement. Votre engagement vos actions sont importantes pour faire connaître cette maladie en aidant la recherche en cours et favoriser les relations aves les fédérations pour développer une activité sportive adaptée. Bravo à vous !
Propos recueillis à Paris par Dominique Mallay pour l’AFPF
Glossaire :
· CNOSF Comité National Olympique et Sportif Français
· BPCO Bronchopneumopathie chronique obstructive
· SAOS Syndrome d’apnées hypopnées obstructive du sommeil